Pensées insomniaques et textes poétiques...

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Créé le : 05/08/2007 15:43
Modifié : 15/03/2009 11:28

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Marie

27/04/2008 16:00



Je reviens d'un (affreux) périple en camping-car. Même si ce moyen (barbare) de locomotion a fait fuir mon inspiration, ce n'est pas le cas de la contrée humide et froide où l'on m'a emmenée, j'ai nommé le Jura. Rajoutez le premier livre de Joe Hill: Le Costume du mort, et vous obtiendrez une trame pour une nouvelle. Pour vous faire patienter ( pour une fois, ce n'est pas par sadisme...), voilà un texte que j'avais écrit avant ce (terrible) voyage. Erotisme quand tu nous tiens... je vais finir par croire que c'est ma seconde nature (avec l'ironie, of course).

 

Marie


Nous nous étions données rendez-vous à son appartement. Elle venait juste d'arriver. La douceur de son visage est la première chose que j'ai remarqué. Elle m'a fait entrée et m'a conduite dans son salon. Elle se tenait, gênée, dans cette pièce qui semblait trop grande pour elle. Les mains dans les poches de derrière, elle ne me regardait qu'occasionnellement dans les yeux.

- Vous... vous voulez boire quelque chose?

Je lui fit signe que non. Je posai mon manteau sur le dossier du canapé le plus proche. Elle frissonna.

J'avais désiré cette femme dès que mes yeux s'étaient posés sur elle. Elle était au guichet d'à côté et patientait rêveusement. Elle avait dû sentir mon regard car lentement, elle avait tourné la tête. La couleur bleue de ses yeux, ses cheveux clairs, ses sourcils presque invisibles... Mon coeur s'est tut pendant les quelques secondes où nous nous sommes fixées, immobiles. J'avais soudain eu envie de la prendre dans mes bras, de connaître son parfum, de tracer le contour de ses fines lèvres avec la pulpe de mes doigts. On avait dû m'appeler plusieurs fois avant que je ne me rende compte que je bloquais la file d'attente. Je l'ai vu sortir du bâtiment. Un papier plié est tombé de sa poche. Sur le trottoir, elle fouillait nerveusement dans son sac. Ses cheveux courts tombaient sans cesse devant ses yeux et elle les remettait en arrière avec une seule main. La bouche entrouverte, les sourcils froncés, elle m'attirait instinctivement. Je lui tendis le papier. Elle releva la tête et me dévisagea. Lorsqu'elle s'empara de l'objet, elle effleura ma main, sans s'en rendre compte. Ce geste si tendre et si innocent me bouleversa à un point que je n'aurais jamais pu le concevoir.

- Marie. Je... je m'appelle Marie.

Elle avait lancé ses mots comme un message, une bouée à laquelle elle s'accrochait. Elle sembla déçue que je ne réponde pas toute de suite. Un sourire gêné apparut sur son visage. Je ne pu me retenir:

- Vous êtes si belle...

Elle retint sa respiration.

- Oh... excusez-moi, je n'aurais...

- Non, ce n'est pas grave. C'est même plutôt agréable.

Elle rangea son papier et mit son sac sur l'épaule.

- Vous voulez prendre un café avec moi?

Sans hésitation, j'acceptai.

Nous avons passé l'après-midi à nous regarder.

Avant de nous quitter, elle me proposa de venir chez elle le lendemain. Elle avait l'air étonné d'avoir eu l'audace d'une telle proposition alors que nous nous connaissions à peine. Je la rassurai en lui promettant de venir. Elle se leva en pressant son sac contre elle. Le soleil s'était couché peu à peu à ses pieds. Soudain, elle fit une chose magnifique. Elle me sourit. Elle avait cette façon de sourire que je trouvais éblouissante. Ses paupières se baissaient en même temps que ses lèvres s'étiraient. De ses grands yeux bleus, je ne vis plus que ses pupilles noires. Le mystère féminin dans toute sa pureté.

Et c'était exactement ce même sourire qu'elle était en train de me faire, gênée et troublante à la fois,

dans ce salon immobile. Je regardai autour de moi. À droite, derrière une porte entrebâillée, j'aperçus son lit. Je lui pris la main et la conduisit dans la chambre. Je fermai la porte et me retournai vers elle. Elle me paraissait si fragile. Je posai mes lèvres sur les siennes en prenant son visage dans mes mains. C'était tellement bon que j'aurais voulu mourir sur le coup. À cet instant précis, j'avais l'impression que rien ne me rendrait plus heureuse que ce baiser. Je sentis qu'elle posait, avec hésitation, ses mains dans mon dos. Je l'enlaçai et l'étendit sur le lit. Elle leva les bras pour me permettre d'enlever son haut. Ma bouche s'attarda sur son ventre et remonta jusqu'à ses seins. Deux petits monts, frissonnants et blancs, apparurent, couronnés d'une perle rose. Je les embrassai chacun leur tour afin qu'aucun des deux ne soient jaloux. Je redescendis et déboutonnai son jean. Je le fis glisser le long de ses jambes. Elle gémit lorsque je posai ma main sur la toison fine et duveteuse, de la même couleur que ses cheveux. Marie m'appela. Je remontai jusqu'à sa nuque et y déposai de nombreux baisers. Elle me déshabilla à son tour. Au fur et à mesure, ses gestes devenaient plus assurés. Elle se détendit bientôt complètement. J'étais collée à elle, fiévreuse mais minutieuse, quand je sentis cette envie terrible qui me prenait chaque fois que je faisais l'amour. Comme une maladie fulgurante, le désir de mordre montait de mes entrailles. Je posai mes lèvres contre l'épaule de Marie et les serrait le plus fort possible pour m'empêcher de lui faire du mal. Le frottement de sa peau contre ma bouche me mettait au supplice. Il aurait suffit que j'entrouvre les lèvres pour planter mes dents dans cette chair chérie. Je savais que je m'en voudrai d'avoir abîmer sa peau fine, presque transparente. Pour ne plus y penser, je plantai mes ongles dans le bord de son matelas. Marie fut la première à jouir. Son souffle chaud sur ma joue et aussitôt un baiser. Elle était pantelante et essoufflée entre mes bras, un étrange sourire sur le visage, et toujours ses yeux magnifiques qui ne cessaient de me fasciner. Je passai de longues minutes à caresser la peau tendue au-dessus de ses clavicules. Leurs contours aigus étaient faits pour mes lèvres. J'adorai laisser glisser mon doigt dans le creux formé par ces deux os. Cette minuscule partie du corps en forme de V. Marie ouvrit les yeux et me demanda:

- Qu'allons nous faire maintenant?

La douceur angélique de son visage me poussai à lui dire la vérité:

- Nous allons rester ici encore longtemps. Demain, nous adopterons un nuage. Puis dans quelques années, je te ferais quatre enfants.

- Quatre?

- Ce n'est pas bien?

- C'est magnifique, murmura-t-elle. Je les vois déjà. Notre aîné sera un garçon.

- Excellent choix. Alors notre fils, nos filles, notre nuage et nous, nous construirons un immense cerf-volant. À la prochaine tempête de vent, nous monterons dessus et il nous amènera jusqu'à la mer.

- La mer...

- Oui, mon ange. Nous nous assiérons sur le sable. Nos pieds s'enfonceront doucement dans les grains. Nous resterons assis pour l'éternité. Un matin... dans des milliers d'années... alors que le nuage sera en train de jouer avec les mouettes, on retrouvera des statues étranges sur cette plage. Les gens ne comprendront pas comment le sel a recouvert entièrement la peau de nos enfants, au point de la rendre dure comme de la pierre. Mais ce qui les intriguera le plus, ce sera nos deux corps enlacés qu'ils trouveront au fond de la mer. Avant de mourir, nous nous serons aimées une dernière fois.

Marie me souriait, éblouissante. Des rayons de soleil zébraient son épaule. Elle se pencha au-dessus de moi. Les intrus disparurent alors. Elle prit ma main et déposa un baiser sur ma paume.




Avril 2008





Commentaire de vn (29/04/2008 18:19) :

J'ai beaucoup aimé la première partie du texte, jusqu'au moment ou est évoqué le creux du cou, en forme de V. Par contre, je ne sais pas trop pourquoi, mais la fin me plait moins. Peut-être simplement parceque je ne suis pas habituée à ce genre d'écriture...

http://laura-p.deviantart.com/gallery

Commentaire de Emelune (05/05/2008 08:44) :

Je dirais la même chose que vn. Le début m'a beaucoup plus jusqu'au creux du cou en V, la fin un peu moins, mais c'est peut être parce que je suis habituée à ton style d'écriture.


Commentaire de Emelune (05/05/2008 08:45) :

Je dirais la même chose que vn. Le début m'a beaucoup plus jusqu'au creux du cou en V, la fin un peu moins, mais ça reste très beau quand même !


Commentaire de Dark. (11/05/2008 15:36) :

Encore un joli texte. J'ai adoré la fin. La douceur du rêve s'est répandue en moi avec les mots que tu as écrit. =)


Commentaire de NiaK© (14/06/2008 21:02) :

Oui!
C'est un très beau texte...
J'oserais dire: comme d'habitude!...^^...
Mais là: tu commences à nous manquer! (même partiellement, ou à cause d'eux!)...
bises
NiaK©


Commentaire de rapha (24/06/2008 13:29) :

Pas mal ce ptit texte, ca me donne envie de m'y remettre et ENFIN arriver à capter mon inspiration..


Commentaire de NiaK© (20/07/2008 18:33) :

Est-ce qu'on aurait droit à quelles nouvelles de cette Rose?
Chais pas moi!: style les partiels c'est bon (ou pas)...
Enfin, des trucs comme ça quoi!...^^... bises bises




Montpellier, place de la Mélancolie

25/07/2008 14:41



 Fauve que l'on promène en laisse. Étonnante carcasse. Squelette élastique. J'assois et j'assiste la bête qui assomme l'asphalte de son pas assassin. Mélancolie, mon pays. Je te retrouve comme on se recouche dans un lit qui a gardé la forme du dormeur. Oui, je dors, tendre amie. Tu es mon âme et tu empoisonnes mon corps. Je ne me débattrai plus. Tu fais partie de ces combats perdus d'avance. Ne te retourne pas.

Une main aux ongles vernis a balayé les regrets. Il était temps. Marchons à petits pas. Nous ne sommes pas attendues. Une araignée s'est accrochée au chapeau du cheval. Elle balance ses doigts crochus et arpente le coton du couvre-chef.


La lune clignote. Ses rayons-néons transpercent les meubles. Mon corps est passoire. Un loup se dessine autour de mes yeux. Un livre violet sur la nuque et je m'endors. Mélancolie, mélancolie, mélancolie. Ce mot liquide me suit comme mon ombre. Elle est l'odeur de ma peau. Elle est la poussière qui se dépose dans mes cheveux. Elle a la couleur de mes yeux. Mélancolie ne s'habille jamais et se presse contre moi.

Petite fille en robe de mousseline. Elle tourne sur le manège, un cheval de bois entre ses bras. La crinière en plastique scintille. La statue éternue et c'est toute la rue qui disparaît. Trou noir. Mais la musique du carrousel retentit toujours. Le clochard s'assoupit sur un matelas de chewing-gum tandis que son chien mâchouille une chaussure verte.

- Dada! hurla Mélancolie.

Et les ombres de la place se levèrent. Leurs doigts crochus s'attachèrent au décor de la ville. Un coup sec. L'opéra est à terre. Les rails du tramway s'enroulent autour des lampadaires.

- Nous sommes...

Le vent avale les derniers mots. La vérité, c'est que nous ne sommes pas. De l'autre côté, Milan tape contre les vitrines des magasins. Ses poings rencontrent le verre. L'ébranlent. Le ramollissent.

Les amoureux ne viendront plus sur l'Esplanade. Ils ne s'embrasseront plus devant la fontaine. Le sel de la mer effrite les drapeau du Corum. Les tuiles se dressent sur le toit des vieilles maisons. La statue des trois Grâces s'est fait la malle. Elle a emporté les dalles de la place. Deux anges de granit cherchent leurs ailes. Ils montent sur le carrousel. Ce ne sont plus que des enfants.

Dieu est parti. N'a-t-il jamais été là? Même le Diable a fui. Aucun être ne résiste à Mélancolie. Sur son passage les arbres se déracinent. Le café chaud dans les tasses des touristes s'évapore. Les vieux quittent les bancs de pierre.

Une jambe en bois. Un immense navire traverse le ciel et s'échoue sur un nuage. Les oiseaux tombent. Drogués par la folie, ils s'imaginent taupes et grattent furieusement le sol.

Montpellier, place de la Comédie.

Montpellier, place de la Mélancolie.



16 juillet 2008



Commentaire de Emelune (27/07/2008 10:56) :

Ah la la ! Ces mots que tu utilises... J'adore, je fonds en les lisant !!! C'est encore un très beau texte plein de charme !


Commentaire de Dark. (04/08/2008 17:48) :

Le premier mot qui me vient: apocalyptique. On dirait que c'est ce que tu décris. J'apprécie cette image nouvelle de la ville où je vis. C'est comme si les choses se transformaient d'un coup, si tous les rires des enfants s'arrêtaient, le brouhaha de la foule se taisait, si le tableau se fonçait. J'imagine que trop bien la scène par les mots que tu utilises, la façon dont tu décris les choses. bravo.


Commentaire de vn (06/08/2008 12:39) :

Tout à fait d'accord pour le côté apocalyptique, la ville pleine de vie qui sombre lentement dans le silence, le vide et le froid... Ta poésie révèle une fois encore le charme de choses qu'on ne voit pas forcément seuls...


Commentaire de Emelune (06/09/2008 21:24) :

AAAAAAAAAAH !!!! Un nouveau texte !!! Ca fait plaisir !!! J'étais contente de me replonger dans ton univers si... ben... mélancolique avec les images qui se mêlent doucement et cet atmosphère intime que je raffole !!!!


Commentaire de NiaK© (07/09/2008 08:54) :

Je suis resté longtemps sur ce texte, puis je suis parti... sans poster...
Puis je me suis souvenu de cette place, et j'ai relu, et relu encore... et je suis reparti...
Puis j'ai cherché des images anciennes de cette place, et je l'ai ai trouvées...^^...
Oui! C'est bien la place de la Mélancolie!


Commentaire de l\'auteur du blog (07/09/2008 12:40) :

Merci pour vos commentaires =) Niak! Qu'est-ce que tu deviens? Je ne trouve plus ton blog... Bonne rentrée à tous


Commentaire de NiaK© (09/09/2008 18:19) :

Meuuuh si!...^^...
L'est dans tes favoris!...
Nan, je mettrais pas le lien http!
Cherche!...^^...
[bises]


Commentaire de NiaK© (09/09/2008 18:24) :

Je viens de comprendre!
Tu parles de booster n'est-ce pas?
Hop!: partir de booster...^^...
... Pour ne jamais y retourner!...^^...
[comme ça ça fait deux: des bises!]...^^...




Délirance

10/09/2008 22:17



 Alors que je me plaignais à une amie artiste d'une de mes crises acréatrices, elle m'expliqua combien ces phases nous sont importantes. Si nous étions tout le temps en état de création, comment ferions-nous pour l'apprécier? Nous avons besoin de blancs et de vides. Puis quand revient l'inspiration, nous l'accueillons encore plus chaleureusement que la dernière fois. Ce que nous pouvons perdre, artistes, nous l'adorons. Le manque sublime notre travail. Laura me lança: « Quand on recommence à créer, c'est la délivrance ». Cette idée m'a plu. Mes délires créatifs seraient donc une délivrance. Dans cette hypothèse, est-ce que je peux qualifier mon acte d'écriture de délirance?

Si créer nous délivre, cela veut dire que lorsque nous ne créons pas, nous sommes prisonnier. De quoi? De la brutale réalité? Du « moi » quotidien? Y a-t-il alors, en nous, deux « moi », la personne et l'artiste? Comme un schizophrène qui se débat avec ses démons intérieurs. L'artiste est-il une personne aux visages multiples ou un malade créatif?

 



Commentaire de vn (11/09/2008 10:48) :

Les deux.


Commentaire de Dark. (11/09/2008 15:38) :

L'artiste est une personne à part qui a sa propre vision du monde, ce qui lui permet de créer. Il est malheureusement et heureusement soumis à ses émotions et aux aléas de la vie qui font que le processus de création n'est pas permanent. Nous avons besoin d'avoir des passages à vide pour mieux se replonger dans la création. L'artiste est à la fois folie et génie. ^^


Commentaire de NiaK© (18/09/2008 20:46) :

Parfois,
Il est strictement nécessaire de s'effacer...
Ne serait-ce que pour faire le point, le tri, aborder les choses avec un nouveau point de vue.
Se sourcer, se re-sourcer....
Ce n'est en aucun cas un abandon, une délivrance, c'est un avancement, de la matière à vivre (dans ton cas ce serait de la matière à écrire).
La situation d'"artiste" est celle de la recherche de nourriture pour son travail...^^...
Dans ce sens: toutes les expériences sont bonnes... [mauvaises?]... non?... Je repasserai Rose...^^...




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